
Carla Simón poursuit sa lancée d’un cinéma espagnol grandement tourné vers la réflexion autobiographique et enfantine. Après Été 93, présentant une enfant de 6 ans appelée Frida, Roméria suit désormais la jeune fille fraîchement majeure, Marina. Là où Frida partait dans une nouvelle famille, Marina, en tant qu’enfant adoptée, retourne dans la ville galicienne de Vigo afin d’y trouver une partie méconnue de sa famille. En effet, cette dernière est autant en quête d’un document d’état civil, pour obtenir une bourse pour sa future école de cinéma, que de son identité propre. Partant à la recherche du souvenir de ses parents, tous deux décédés du sida, la réalisatrice (et, par la même occasion, son personnage) mêle la petite histoire avec la grande, celle d’une génération postfranquiste, en pleine mouvance de la Movida, toile de fond comme source même du film.
Ce nouveau, et troisième, long-métrage est d’une beauté flottante et met en avant de nombreuses strates cohabitantes, sans jamais qu’elles ne s’excluent. La mise en scène devient alors pertinemment riche tout en restant sensiblement sobre. Il y a une confrontation entre plusieurs médiums (caméscope de Marina tenu à la main et caméra de la réalisatrice, écrits du journal maternel et images du film), tout comme entre plusieurs temporalités (passé des parents et présent de Marina). Ce procédé, grandement démultiplié, permet alors de montrer ce travail de quête, d’enquête dans laquelle sa recherche, encore sous-jacente intérieurement, érupte frontalement et de manière grandiose à travers les échanges verbaux. À tous ces points de vue subjectifs filmés sur le vif, et adoptés par le public, s’ajoutent des questionnements philosophiques impactants, pour le mieux et une fois de plus, les images. Car, oui, c’est un film de mémoire, d’apostilles et de tout autant de sujets passionnants traités justement dont émerge une grande poésie.
Toute cette construction parachevée se voit diminuée lorsque le film bascule dans un rêve imaginé par Marina, singeant simplement la supposée vie de ses parents écrite dans leurs mémoires. Là où tout se jouait dans une certaine finesse précise jusque-là, cette agitation onirique soudaine vient déstabiliser l’ensemble. L’image ne fonctionne plus par bribes mais uniquement par déballage. La brutalité du montage rompt avec la douceur de la cueillette primaire. Façon de nous rappeler la dure réalité d’un pays, à travers une jeunesse, en pleine reconstruction.
Ce long pèlerinage souligne le poids des non-dits générationnels, le silence du passé refoulé dans la mer, dans les paysages et au sein des familles pour que plus jamais on ne les oublie. Démarche forte et résultat réussi, c’est désormais sa propre histoire que nous aimerions suivre, son journal intime. Passé en mains, ce qui importe dorénavant, c’est le présent dans lequel nous évoluons.


